vendredi 27 janvier 2017

Interview de Kristen avec W Magazine [NYFF 2016]

A l'occasion de la press junket de Personal Shopper lors du Festival du Film de New York 2016 [NYFF 2016], Kristen évoque le projet et Olivier Assayas, Certain Women de Kelly Reichardt et Café Society de Woody Allen dans une interview avec W Magazine.


Traduction faite par le staff de KStew France. Merci de nous créditer avec LIEN si vous la reprenez ailleurs
Kristen Stewart, sans filtre et sans remords
L'actrice, qui est en vedette dans trois films lors du Festival du Film de New York, s'émancipe de l'industrie de la mode, de nos complexes avec les scènes de sexe et son anxiété omniprésente avec la célébrité : 'Je suis foutrement masochiste', dit-elle.
Dire que 2016 traite plus que bien Kristen Stewart serait un énorme euphémisme. Plus tôt cette année, la jeune femme âgée de 26 ans est devenue la première américaine à remporter un César (l'équivalent français d'un Oscar) pour sa performance dans Clouds Of Sils Maria d'Olivier Assayas. Depuis, elle a joué dans pas moins de cinq films, dont Café Society de Woody Allen et l'histoire d'amour dystopique Equals. Et au Festival du Film de New York au Lincoln Center en ce moment, elle apparaît dans trois projets : la sœur d'un soldat de retour d'Irak dans Billy Lynn's Long Halftime Walk, une assistante d'une célébrité et une médium pleurant la mort de son frère jumeau dans Personal Shopper, le thriller métaphysique d'Olivier Assayas et une avocate et professeur du Montana qui capture l'affection d'une éleveuse solitaire dans Certain Women de Kelly Reichardt (en salles le 14 octobre aux États Unis).
Durant un jour automnal doux, Stewart, qu'Assayas a récemment qualifiée de 'meilleure actrice de sa génération', s'est assise dans une chambre d'hôtel affectée par un rhume et parlant dans un flux rapide de phrases multi clauses, remplie de jurons qui suggère que sa bouche peut à peine suivre les pensées qui défilent dans sa tête. Vêtue d'une veste type biker, un tee shirt blanc et un short court en tweed, elle semble aussi franche et sans filtre que l'image souvent crue qu'elle projette sur l'écran.
Journaliste : Votre personnage Beth dans Certain Women est un peu secrète. Nous la voyons vraiment seulement à travers le regard de quelqu'un d'autre [Jamie, l'éleveuse]. Qu'est-ce qui vous a attiré à cet égard ? Et de quelle manière abordez-vous quelqu'un qui est mystérieux pour le public ?
Kristen Stewart : Il y a un éloignement qui m'a fait sortir de moi-même pour l'acquérir. Certains personnages que vous jouez peuvent soit révéler des aspects de vous-même qui ne sont tout simplement pas évident. [Beth] est à un point dans sa vie [où] elle ne donne pas tout aux autres. Elle doit s’isoler et pas de façon malicieuse, mais je pense qu’elle est super égocentrique, vous voyez ce que je veux dire ? Tellement fatiguée et elle s’auto protège ? Elle est très … Pas méfiante, mais très réservée. Et je pense que sa présence est quelque part à l’intérieur. Ce qui est pour moi, je suis genre, éclaboussée. Je ne suis pas du tout comme ça. Elle est silencieuse, elle ne bouge pas, elle est épuisée et totalement désireuse de quelque chose qu’elle pense ne jamais avoir, qui est pour moi la validité. Elle veut se sentir valide. Je pense que c’est un point fart du film. Elles veulent toutes quelque chose qu’elles ne peuvent pas avoir. Ou elles sont toutes contre un objet immuable. Elles sont toutes dans un train-train. Et ce n’est pas valorisant. Ce n’est pas comme une histoire typique sur une femme commerciale où c’est « Ces femmes se battent pour une grande cause et c’est moral. » C’est petit. Ce sont des histoires sur lesquelles on ne se penche pas dessus d’habitude – elles ne sont pas sans intérêt, elles sont tellement belles dans régularité. Il y a cette opposition de structure, la manière dont les choses sont. Vous avez une femme [jouée par Michelle Williams] dans un mariage qui joue avez la dynamique conventionnelle de ça ou alors fout tout en l’air. Et ensuite vous avez une femme [jouée par Laura Dern] qui reconnaît la nature illogique de la bureaucratie et comment les hommes n’écoutent pas vraiment les femmes quand elles parlent dans cet environnement. Et enfin vous avez une fille qui veut simplement une amie et qui cherche au mauvais endroit. Et une fille qui veut seulement être valable et qui regarde au mauvais endroit. Et personne ne résout réellement leur souhait. Aucune d’entre elles. [Kelly Reichardt] vous montre cette épreuve tranquille et c’est fini. Et c’est tellement réaliste par rapport à la vie. Tout ne vaut pas le coût de faire un film à propos de trouver une solution. Ou, ou tout ne vaut pas le coût de faire un film à propos de combien c’est facile de décrire en une seule ligne. C’est tellement difficile pour moi d’expliquer aux gens de quoi parle ce film. Genre, je ne sais pas, des femmes dans le Montana ? De vivre là-bas ? De vivre la vie ?
Journaliste : Jamie recherche peut être une amie en Beth, mais il y a aussi une romance sous-jacente.
Kristen Stewart : Elle ne sait pas vraiment ce qu’elle ressent pour elle, mais elle a un faible pour elle, ça c’est sûr. Et elle ne sait pas pourquoi elle a le sentiment d'être si étrange autour d’elle.
Journaliste : Pensez-vous que Beth du quelconque impact qu’elle a sur Jamie ?
Kristen Stewart : Je pense sincèrement que quand [Jamie] vient à son bureau à la fin, elle se dit, 'C’est quoi ce bordel'. C’est tellement douloureux. Mec, c’est putain de douloureux. Ce n’est pas une histoire d’amour non réciproque, mais ça a l’effet coup de poing comme si s’en était une. [Lily Gladstone, qui joue Jamie] est tellement bien dans cette scène. Et c’est tellement court. Elle ne fait pas grand-chose,elle se dit simplement, 'Eh bien, je savais que si je ne commencé pas à conduire je vous ne vous verrez probablement jamais plus'., Et je me dis, 'Ouais Au revoir !'. C’est foutrement terrible. On se dit, 'Awww, mec ! '. Je ne pense vraiment pas que Beth l’ait jamais regardée. Je la regarde à peine. Je regarde ma nourriture, je regarde mon téléphone, je me demande quelle heure il est, je dois monter dans la voiture … Et je joue généralement la personne qui regarde calmement quelqu’un.
Journaliste : Je pensais à ça quand j’ai vu le film et je me demandais si c’était difficile pour vous d’être celle qui …
Kristen Stewart : Dis de la merde ! Oui, c’est pénible. C’est bizarre car en tant qu’acteur, la plupart de mon expérience s'est énormément basée sur l'observation et c’était bizarre de couper ça et de disparaître en moi. Mais pas de la manière dont je le fais d’habitude. C’était un éloignant qui était froid – c’était vraiment froid. Je me sens mal pour les personnes qui sont comme ça. Quelque chose va arriver à Beth et elle va réaliser combien elle s’est cachée en elle et qu’elle n’est pas d'accord avec tout.
Journaliste : Les films de Kelly sont tellement, tellement calmes. Peu de choses se passent, mais en fait tellement de choses se passent. Vous avez été dans des films et des rôles beaucoup plus importants et plus démonstratifs. Comment c’était de travailler avec une réalisatrice dont l’esthétique est si calme ?
Kristen Stewart : J’adore ses films. Je pense qu’on ne ressent pas les mêmes choses qu’avec les films d’autres personnes. C’est très vulnérable de ne rien faire à l’écran ou sur un plateau de tournage. La plupart des acteurs, vous grandissez en ayant l’habitude de vouloir montrer des choses. Vous montrez aux gens comment vous ressentez les choses. Vous racontez une histoire. Et dans ce cas, c’est tellement plus vulnérable et vous assistez simplement à quelque chose. Elle va tourner pendant un long moment, les prises sont s’étendent. Il y a quelque chose de vraiment magnifique à propos des choses de la vie de tous les jours. Et il y a quelque chose de vraiment beau à propos du fait de vivre. Vous pouvez écrire une histoire et ensuite la délivrer à quelqu’un, mais en soi elle n’est pas vraie. Donc la seule façon de capturer quelque chose qui se ressent être réellement authentique et de s’asseoir et d’attendre que ça se passe. La plupart des personnes n’ont pas la patience pour ça, ils ne sont pas prêts à prendre ce genre de risques. C’est un risque. Et elle créée vraiment un environnement et instille ça avec cette foi. Elle vous permet d’être à l’aise sans être au contrôle de rien. Il n’y a pas d’attente. La plupart du temps sur le tournage d’un film vous avez des équipes, vous avez des scènes et des marques sur le sol, et il y a des choses qui sont censés se passer avant qu’on dise, 'Coupez !'. Et pour elle, ce n’est pas comme ça. Et ce que vous finissez par voir c’est simplement des gens qui vivent.
Journaliste : Dans Certain Women, on vous retrouve dans une petite partie d’un film, alors que dans Personal Shopper vous êtes pratiquement dans toutes les scènes. En quoi le rôle de Maureen était-il épuisant ? Elle passe par tellement de choses émotionnellement.
Kristen Stewart : C’était beaucoup. Je venais juste de finir de tourner Café Society à New York, ce qui était très agréable, simplement amusant. Mais quand même difficile. Je n’ai pas eu un jour de repos entre les deux. Je suis montée dans l’avion et nous tournions deux jours plus tard. Je pense que nous avons largement sous estimé la charge de travail. Le film a fini par être foutrement difficile. On a travaillé six jours par semaine, seize heures par jour. Et c’est bien car vous devez avoir ce look. J’ai l’air d’être foutrement fatiguée et complètement folle dans ce film, ce qui est parfait. Une perte traumatisante, surtout pour quelqu’un qui est déjà trop névrosée et contemplative et qui est tout le temps en train de réfléchir – mais une perte traumatisante comme celle-là, surtout la mort d’un jumeau … Elle ne peut donner de sens à aucune de ses questions existentielles. Rien n’a de réponse et elle n’aime pas cela. Pour quiconque qui a fait face à de l’anxiété ou qui n’a pas été capable de gérer le temps et l’espace et qui a une réalité physique et une âme et toutes ces questions basiques – 'Sommes-nous seuls ?' et 'Est-ce vraiment réel ?' – ces questions sont effrayantes, mais elles sont de celles qui vous font tomber. C’est un film à propos de quelqu’un qui s’est complètement perdu à un point où ces choses vous affaiblissent. Et mon Dieu, ça craint. J’ai été – pas autant que ça, mais je peux comprendre cette lutte mentale. Mais je n’ai jamais été aussi loin. C’était donc isolant et terrible et je n’arrêtais pas de courir de partout. C’était vraiment très froid et solitaire. Elle est la personne la plus seule que je n’ai jamais joué. Elle est complètement seule ? Elle s’isole complètement. Et c’est triste. Et elle a d’étranges problèmes identitaires ? Elle se dit, 'Je suis attirée par ces choses, mais je ne respecte pas ça'.
Journaliste : Oui, elle a une relation dure avec les gens de la mode qu’elle fréquente pour sa célèbre cliente. D’un côté, elle est enchantée par ça ; d’un autre côté, elle en a peur. Je suis curieux de savoir comment ça se passe pour elle, mais aussi comment ça s’est passé pour vous. Vous êtes quelqu’un qui est dans le monde de la mode, égérie de Chanel, mais cela ne vous définit pas. Comment c’était de mettre vos pieds la dedans et puis d’en sortir ?
Kristen Stewart : Dans la mode, les gens qui le font bien et aime le faire et le font de manière naturelle, c’est la raison pour laquelle ils sont les plus brillants d’entre eux. Car ce sont des putains d’artistes, mon pote et l’un des trucs les plus cool à propos de mon travail, c’est de pouvoir être autour d’autres personnes faisant des trucs. Et ce n’est pas ce que je fais. Mais tout vient en quelque sorte du même endroit. Donc pour moi c’est amusant de faire partie de la vision de quelqu’un. C’est quelque chose que j’ai toujours apprécié. Et, pour ne pas sonner ridicule, créer des images iconiques qui disent quelque chose. Je sais que ça parait stupide, mais raconter une histoire avec un habit, placé dans le bon environnement, et faire fonctionner tout ça correctement – c’est pour moi magnifique.
Et aussi ces gens, ils sont foutrement intelligents. Tous ceux qui travaillent chez Chanel et toutes les costumières que je trouve être des artistes magnifiques, sont parmi les personnes les plus cool que j’ai jamais rencontré. Ce n’est pas ce que je fais, mais j’adore être autour de tout ça. Donc cela fonctionne pour tout le monde. Mais je reconnais et méprise aussi l’autre aspect qui attire le monde, ce qui est foutrement flagrant… Pas seulement la superficialité, mais les gens méchants. Des putains de connards agressifs ! Désolée ! Des gens très agressifs. Des personnes qui marcheraient sur votre cadavre. Donc ces gens-là ne sont pas des artistes. Mais c’est pour ça que la mode a une mauvaise réputation. Mais c’est un monde assez diversifié, j’ai trouvé. Mais dans le film, [Maureen] aime ces trucs. Elle en est admirative. Et en même temps, elle ne pense pas qu’elle en vaut la peine. Et elle se dit, 'À quoi je pense putain ? Est-ce que je pense que je pourrais un jour… ?'. Mais elle est tellement obsédée par ça. Et puis elle se regarde et se dit, ' Je ne suis pas cela. Je veux être comme ça. Mais je ne serais jamais comme cela'. Puis elle rejette tout ça et dit que c’est de la merde. Mais elle le veut.
Journaliste :Vous avez mentionné la vulnérabilité un peu plus tôt au sujet d’avoir travaillé avec Kelly. Il y a différentes sortes de vulnérabilité dans Personal Shopper, en termes de nudité, la scène de sexe. Est-ce quelque chose que vous avez hésité à faire ?
Kristen Stewart : Je n’appréhendais pas. Je me sens super bien avec le réalisateur Olivier [Assaya], aussi. Les scènes dans lesquelles je ne porte pas de vêtements ou les scènes qui semblent 'risquées'  d’un point de vue extérieur, il n’y avait pas de reconnaissance de sa part. C’était foutrement français. Nous sommes beaucoup plus bizarres pour ce genre de trucs. Vous devez vous positionnez personnellement en dehors de tout ça. Mes sentiments personnels à propos de cela, c’est que je n’ai absolument pas honte, mais dans le contexte de l’histoire, il y a beaucoup de honte. Elle vit et respire la honte et la culpabilité. Et c’est donc sympa de voir quelqu’un déchu et dénudé, complètement à nu. Il y a une force en ça. Il y a un aspect de la sexualité dans le film qui est tellement solitaire et c’est un des trucs les plus tristes. Elle n’est avec personne. Comme la scène de sexe ? Complètement seule. Elle interagit avec une personne irréelle au téléphone. Et il y a quelque chose de brut à propos de ça, et sans ça tout serait différent. Je pense que les gens sont vraiment trop précieux à propos de ça. C’est précieux, c’est probablement le mauvais mot à utiliser. Je veux toujours que le corps des femmes et la manière dont elles veulent le dévoiler, ça doit être un truc précieux, je ne veux pas le désexualiser de quelque manière que ce soit. Mais en même temps, je ne suis pas bizarre à propos de ça. Je suis assez ouverte. Je pense que les gens sont un peu trop bizarres à propos de tout ça, pour être honnête, mais c’est aussi pour ça que je me disais, 'Je vais le faire'.
Journaliste : Vous faisiez allusion à l’anxiété plus tôt quand vous parliez du questionnement existentiel de Maureen. Et vous avez déjà parlez auparavant de vos problèmes d’anxiété. Être une actrice et grandir devant tout le monde de la manière dont vous l’avez fait est probablement la pire chose à faire pour une personne qui est anxieuse. Ça semble presque masochiste.
Kristen Stewart : Je suis foutrement masochiste.
Journaliste : Donc, est-ce que cette anxiété a diminué pour vous ? Qu’est-ce qui continu à vous pousser, vous motiver ? Vous faite quelque chose qui est en gros, comme vous l’avez décrit, contre votre nature voudrait de vous.
Kristen Stewart : Ça l’est. Ça l’est vraiment. Honnêtement, je n’ai jamais fait une journée de presse depuis un moment et c’est génial et j’ai beaucoup apprécié cette interview. C’est vraiment bien. Mais ce matin je me disais, 'Putain !'. J’ai vraiment du me forcer. De manière constante, je suis toujours à me dire, 'Ok, putain allons-y !'. J'ai le sentiment d'être comme cela pour des projets que je choisi. Il y a un film que je vais faire l’année prochaine. Et j’ai parlé au réalisateur l’autre jour et je me disais, 'C’est vraiment bizarre, j’ai lu le scénario et c’est tellement facile pour moi, je devrais le faire'. Mais ensuite autrement, il a y des moments où je me dis, 'Oh mon Dieu, ça va me tuer'. Et c’est ce pour quoi je suis la plus excitée. C’est quand je suis la plus excitée.

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