samedi 18 mars 2017

Personal Shopper : Interview d'Olivier Assayas avec Vulture

A l'occasion de la press junket américaine de Personal Shopper, Olivier Assayas évoque Kristen, leur collaboration, leur première rencontre, leur amitié, l'intrigue du film ou encore le monde de la mode dans une interview avec Vulture.



Traduction faite par le staff de KStew France. Merci de nous créditer avec LIEN si vous la reprenez ailleurs


Le réalisateur de Personal Shopper Olivier Assayas à propos de l' 'énergie punk rock' de Kristen Stewart

Kristen Stewart est peut être l'une des actrices les plus connues à Hollywood, mais il y a beaucoup plus pour elle que simplement sa célébrité. Cette dichotomie fait d'elle la personne parfaite pour jouer Maureen, l'héroïne du nouveau film qui file la chair de poule d'Olivier Assayas, Personal Shopper. Alors que Maureen court à travers tout Paris pour récupérer une kyrielle de belles tenues pour les starlettes célèbres qu'elle habille, elle communique parfaitement avec la célébrité, mais il y a quelque chose d'autre qui se passe avec elle, quelque chose qui n'est pas de ce monde ou même du monde naturel du tout. Voyez-vous, Maureen est extra sensible à l'activité paranormale et même si elle gagne sa vie à Paris, elle est très déterminée à chercher une sorte de signe spirituel de la part de son frère jumeau, qui est décédé dans la ville. Assayas tisse ces intrigues très différentes et, récemment, il a pris contact avec Vulture pour discuter de sa méthode et de la muse qu'il a trouvé en Stewart, avec qui il a travaillé d'abord sur le très acclamé Clouds Of Sils Maria.

Journaliste : Dans la vie réelle, Kristen est une actrice que les maisons de couture réclament pour habiller, mais il y a cette tension intéressante lorsqu'elle porte leurs robes coûteuses, parce que vous savez, il y a une partie d'elle qui préfère porter un sweat à capuche et des baskets.
Olivier Assayas : Ouais et vous le voyez. Vous le sentez, vous le ressentez. Le personnage est inspiré par elle parce qu'elle a cette androgynie, un côté masculin et féminin et elle est complètement elle-même et à l'aise des deux côtés. Je pense que c'est une partie de ce qui la rend assez unique parce que, comme vous le dites, elle est cette muse de la mode mais elle est également une rebelle. Il y a quelque chose de réellement rebelle à propos de Kristen. Elle a cette sorte d'énergie punk rock pour elle.

Journaliste : Est-ce que vous vous rappelez la première fois que vous avez rencontré Kristen ?
Olivier Assayas : Je me souviens très vivement des quelques premières fois que je l'ai rencontrée. La première fois que je l'ai rencontrée, je suis allée rendre visite à Robert Pattinson à Londres et ils étaient ensemble à l'époque. Je me souviens simplement de cette fille qui est rentrée et sortie de la pièce dans laquelle nous avions une conversation et je la regardais en me disant, 'Qui est-ce ?'. Et puis, elle est était amie avec mon producteur Charles Gillibert qui a produit Sur La Route, le film de Walter Salles et je l'ai vue dans des événements professionnels à Paris. Il est totalement impossible de se connecter avec des personnes comme elles lors de soirées, mais simplement en la voyant se déplacer et la façon dont elle fonctionnait, j'ai pensé qu'elle avait quelque chose qui était simplement si sauvage, si authentique et si cinématique. J'ai toujours eu le sentiment qu'il y avait plus chez elle que tout ce que j'avais vu dans les films. Pour moi, c'est la clé pour vraiment avoir le désir de travailler avec une actrice. Je ne la connaissais pas, mais je fantasmais d'elle.
La fois suivante où nous nous sommes rencontrés, c'était lorsqu'elle avait lu le scénario de Clouds Of Sils Maria et elle voulait le faire. Lorsque j'ai écrit Clouds Of Sils Maria, je l'ai écrit pour Juliette Binoche et elle avait cette assistante américaine qui était une jeune fille organisée, vraiment avec la tête sur les épaules. Cela aurait pu être une autre actrice – Kristen était certainement la première de ma liste parce que je pensais qu'elle était une grande actrice et j'étais curieux de travailler avec elle – mais je crois que j'ai vraiment découvert Kristen lorsque nous avons fait Clouds Of Sils Maria. Je me suis rendu compte que pour chaque minuscule chose que je lui ai donné à faire, elle a inventé quelque chose : elle le rend intéressant, elle le rend sexy, elle le rend étrange. Cela a fini par être un peu frustrant parce que son personnage dans Clouds Of Sils Maria est écrit de avec moins de couches que le personnage de Juliette Binoche et donc la question qui est restée en moi était, 'Que se serait-il passer si je lui avais donné un rôle plus important ?'.

Journaliste : Tous les acteurs ne sont pas les mêmes dans la vie réelle comme ils apparaissent à l'écran, mais connaître Kristen à travers ses rôles permet d'obtenir une forte vision de ce qu'elle est réellement. Elle a un centre très terre à terre, à la fois en tant que personnage et elle-même.
Olivier Assayas : Ouais, c'est vrai, mais c'est la vérité à partir d'un certain point. Je pense que, pour une raison quelconque, beaucoup de gens avaient une idée très fausse de Kristen comme étant [une personne] distante et réservée, quand dans la vie réelle, elle est la personne la plus simple, sympathique, généreuse. Ce pour quoi j'étais heureux dans Clouds Of Sils Maria, c'est que je l'ai un peu encouragée à laisser cette partie amusante ressortir et Juliette était incroyablement généreuse à ce sujet à bien des égards. Il y avait quelques scènes dans lesquelles Juliette disait, 'Vous savez quoi ? Kristen, Olivier, pourquoi est-ce que l'on ne fait pas cela plus drôle ? On ne voit pas ces personnages assez rire'. Je pense que beaucoup de gens qui aiment Kristen, étaient vraiment heureux de la voir rire et être drôle dans ces scènes de la même manière qu'elle peut être drôle dans la vie réelle.
Ce qui a été fascinant en travaillant avec Kristen, c'est que, d'une certaine façon, c'est étrangement similaire à la façon dont j'ai fonctionné avec Maggie Cheung. Comme avec Maggie, j'ai écrit Irma Vep pour elle, où elle jouait un archétype, et puis, une fois que j'avais fait cela, j'ai eu le désir de lui donner un rôle qui avait plus d'épaisseur, qui était plus comme la Maggie de la vie réelle. Je pense que c'est un peu similaire avec Kristen où je lui ai donné ce genre de rôle unidimensionnel dans Clouds Of Sils Maria et il a généré le désir d'écrire quelque chose de plus humain, de plus complexe et de plus proche d'elle à bien des égards avec Personal Shopper. Mais la chose est que, même lorsque je faisais Personal Shopper, j'ai eu le sentiment que j'étais en train d'expérimenter, en me disant, 'Où sont les limites ? Jusqu'où peut-elle aller ?'. La réponse est, 'Je ne sais pas'. Je n'ai pas vraiment vu les limites aujourd'hui et donc j'espère que nous allons avoir l'opportunité de travailler de nouveau ensemble.

Journaliste : Personal Shopper est génial, mais il a été hué à Cannes. Pensez-vous que c'est parce que Kristen et vous veniez juste de sortir de ce grand moment avec Clouds Of Sils Maria et la presse française essayait de réduire la chose ?
Olivier Assayas : Ouais, vous ne savez jamais. Cannes peut être difficile, donc vous devez être préparé psychologiquement. Tout peut arriver à Cannes, surtout avec les films dans lesquels vous prenez des risques. Cannes n'est pas si risqué, vous savez, et j'aime prendre des risques avec mes films – je ne vais jamais à l'étape suivante évidente. Je pense que pour quelconque raison, la tension à Cannes peut être un peu hystérique, un peu excessif. Les gens réagissent de façon exagérée. J'ai une longue histoire avec ce festival en particulier et cela a été très bon pour moi, donc je ne vais jamais dire quelque chose de mauvais à propos de Cannes, mais Personal Shopper n'est pas taillé sur mesure pour Cannes, je vais le dire de cette façon.

Journaliste : Toutefois, le jury l'a aimé.
Olivier Assayas : Pour quelconque raison, j'ai été plus surpris pour la réaction à Clouds Of Sils Maria, c'était un tout petit plus minime que ce que j'aurais imaginé. Le film a eu du succès partout dans le monde, mais j'ai pensé que la réaction à Cannes a été plus forte. Je veux dire, en termes d'obtention d'un prix, j'aurais parié sur Clouds Of Sils Maria par opposition à Personal Shopper, mais ensuite la chose folle est que nous avons obtenu un prix pour Personal Shopper.

Journaliste : Vous étiez censé filmer un film différent juste avant celui-ci et il a été abandonné juste avant que vous ne commenciez. Je me demande si vous avez réussi à canaliser ce sentiment d'interruption dans le personnage de Maureen, qui est bouleversée après que cette partie importante d'elle, son frère, ait été arrachée.
Olivier Assayas : Ouais, je suppose que c'est le cas. L'aspect de deuil a peut être à voir avec cela. C'était une expérience très violente, parce que cela ne se produit jamais, qu'un film soit abandonné juste avant le tournage. Les plateaux de tournage étaient construits, les costumes étaient prêts, les acteurs étaient là, les camions ont été chargés avec les équipements. Que puis-je dire ? Le film était littéralement en train de se produire et puis tout d'un coup, le financier a coupé les vannes … Ce qui est dingue, parce qu'il avait plus d'argent à perdre en le faisant plutôt qu'en réalisant réellement le film. Donc, j'étais en état de choc et je suis revenu à Paris et la question était, 'Qu'est-ce que je vais faire ? Quel est ma prochaine étape ?'.
Et j'ai décidé que la seule façon de passer au-dessus était de commencer à partir de zéro, pas pour essayer de réviser l'autre projet. J'ai toujours quelques notes gribouillées ici ou là sur des films que j'aimerais finalement faire, mais ici, je voulais simplement partir de la page blanche. Oui, ce moment a été défini pour moi par le deuil, mais je suppose que l'énergie que j'ai trouvé était positive et je me connecté à Kristen. Et je l'ai très rapidement. Je suis rentré à Paris en novembre et j'avais un scénario terminé en février et si j'avais pu le tourner en juin, j'aurais été super heureux, mais j'ai dû attendre que Kristen ait fini le film de Woody Allen [Café Society].

Journaliste : Est-ce que cela vous procure du plaisir de regarder certaines des scènes les plus tendues du film avec un public, de sentir comment ils y réagissent ?
Olivier Assayas : Je pense que c'est plus frappent avec la comédie, en fait. Je ne suis pas exactement un réalisateur de comédie, mais de temps en temps, je fais un film qui peut avoir des éléments drôles et c'est vraiment génial d'entendre le public réagir – les faire rire est passionnant, c'est excitant. Avec des scènes qui sont effrayantes, vous ne pouvez pas voir le public réagir si vous n'avez pas exactement un instrument pour le mesurer. De plus, en ce qui concerne le montage et la réalisation du film, vous ne réagissez pas de la même façon, n'est-ce pas ? Vous avez regardé ces prises un million de fois dans la salle de montage et après un certain temps, vous n'obtenez pas le même frisson. Vous devez donc imaginer la façon dont le public réagira. C'est une très bonne question à laquelle il est difficile de répondre.

Journaliste : Maureen est révulsée par ce monde faux de la célébrité, mais en même temps, il y a une véritable attrait pour ces vêtements qu'elle met, presque comme si elle adopte une nouvelle identité. Avez-vous la même relation d'attirance/de rejet pour la célébrité ?

Olivier Assayas : Je suis très ambivalent à propos de beaucoup de choses dans le monde moderne. Nous vivons dans un monde extrêmement matérialiste et c'est frustrant, mais en même temps, il y a quelque chose de très important à ce sujet. Je ne suis pas un puritain en ce sens, pour le dire ainsi. J'ai placé l'histoire dans le monde de la mode, qui est comme la version la plus matérielle de tout ce concerne le monde matériel, mais en même temps, il y a quelque chose d'artistique à son propos. Ma mère était styliste, donc je suppose qu'à chaque fois que j'aborde l'industrie de la mode, j'ai cette influence. Le monde de l'art est le même : nous pouvons être effrayés par la monde de l'art et la façon dont il est a été gâté par l'industrie, mais en même temps, nous voyons la beauté de celui-ci. Nous pouvons être fascinés ou excités par l'art au-delà de ce qui est très superficiel à ce sujet. Je crois avoir, en ce sens, une forme d'esprit très dialectique. Je suis toujours intéressé par la façon dont les contraires se mélangent.

Source: Vulture

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