vendredi 6 octobre 2017

Personal Shopper : Interview de Kristen avec The Guardian

A l'occasion de la press junket américaine de Personal Shopper, Kristen évoque le film, son personnage Maureen, son enfance, sa carrière et ses choix professionnels, sa sexualité, l'émission Saturday Night Live et Trump et son engagement pour Planned Parenthood (le planning familial américain) dans une interview avec The Guardian.
Précisons que l'interview a été réalisée en mai dernier lors du Festival de Cannes 2016, lorsque Kristen présentait Personal Shopper et Café Society.



Traduction faite par le staff de KStew France. Merci de nous créditer avec LIEN si vous la reprenez ailleurs


teaKristen Stewart – 'Cela n'est pas déroutant si vous êtes bisexuel. Pour moi, c'est le contraire'

L'actrice LGBT la plus importante d'Hollywood au sujet de sa sexualité, de son apparence 'morbide' dans Personal Shopper – et sur le fait d'avoir été critiquée dans les tweets de Trump.

Le nouveau film de Kristen Stewart la dépeint en tant qu'acheteuse de mode et chercheuse spirituelle ; prise entre les villes, essayant des tenues différentes pour vérifier la taille. Elle est épuisée et motivée, hantée par le passé et incertaine quant au futur. Le scénario l'appelle Maureen mais peut être est-ce simplement une feuille de vigne. Stewart insiste sur le fait que, peut importe le rôle qu'elle accepte, elle joue essentiellement la personne qu'elle est.

Ou peut être est-ce le destin de chaque star adolescente de grandir devant la caméra et de faire ses faux pas en public, jusqu'au point où il devient difficile de dire où la personne se termine et où la performance commence. Stewart, après tout, était encore au lycée lorsque la franchise Twilight l'a dévoilée au monde. Porte close, vie verrouillée, et donc quel choix a t-elle ? Elle déclare : 'J'avais peur. J'avais l'habitude de me sentir violée. Mais c'était un mécanisme de défense ; je pense que je m'en suis sortie maintenant'. Elle parle comme une personne vieillissante, même si elle n'a pas encore 27 ans.

Nous nous rencontrons dans un bar en bord de mer lors du Festival du Film de Cannes, avec des foules massées derrière des cordons de sécurité dans la rue à l'extérieur. L'actrice s'écrase sur le divan comme une jeune femme délurée des années 20, avec des cheveux blonds peroxydés et une robe transparente de couleur argent. Elle explique que dès que l'interview est finie, le bijou retournera dans sa boîte. Elle est épuisée, elle est au bout du rouleau. Elle va prendre six mois de congés.

Personal Shopper est sa deuxième collaboration avec le cinéaste Olivier Assayas, forte de sa performance récompensée par un César dans Clouds Of Sils Maria. Il s'agit d'une merveilleuse histoire de fantôme mercuriale, hantée par des SMS anonymes alors que Maureen jongle avec ses tâches de shopping avec des tentatives pour entrer en contact avec son frère jumeau mort. Stewart dit que le tournage a été une épreuve – 16 heures par jour, 6 jours par semaine – ce qui explique probablement l'apparence des yeux creusés de Maureen. 'A la fin, j'ai l'air morbide et je pense que j'ai réussi', dit-elle.

En fait, elle livre une excellente performance – dans le sens où elle est maladroite et brute ; une peinture avec des éclaboussures faite de chair ; une femme ébranlée. Les répliques de Stewart ont une curieuse habitude de se retrouver à la fin. Son regard s'échappe sur le côté, semblable à une recherche d'évasion. Ses détracteurs peuvent (et ont) identifier cette qualité comme preuve d'une mauvaise technique d'interprétation, ce qui est totalement faux. Vous pourriez également accuser Holden Caulfield d'être un narrateur peu fiable ou vous plaindre que Marlon Brando s'effondre complètement dans On The Waterfront. La grande maladresse de Stewart est magnifique. Paradoxalement, je pense que cela pourrait être sa marque de fabrique.

'Je ne peux être que moi-même', dit-elle. 'Je connais des acteurs qui disent, 'Oh, ce rôle n'a rien à voir avec moi, c'est simplement le personnage'. Et je pense, 'Ouais, mais c'est votre interprétation du personnage'. Parce que vous ne pouvez jamais vous éloigner de vous-même. Cela sera toujours là. C'est la persistance de la vie. Une interaction avec un bon réalisateur pourrait vous rapprocher des aspects de vous-même qui auraient pu être moins évidents avant. Mais c'est toujours à propos de soi. C'est toujours à propos de moi'.

À propos de rien, elle me raconte la façon dont elle a commencé à jouer la comédie : en chantant dans une production scolaire lorsqu'elle avait 9 ans. 'Et j'étais tellement consciente de moi, donc pas une artiste naturelle, simplement une petite fille un peu bizarre. Mais il y avait un chasseur de talents dans le public, quelqu'un qui envoie 100 photos de visage d'enfants au studio. Et j'avais en quelque sorte réfléchi à ça et j'ai pensé, 'Je veux ça, je veux jouer la comédie''.

Le fait que ses parents soient dans le métier a aidé. Son père était décorateur ; sa mère scénariste. 'Donc j'ai grandi sur les plateaux de tournage et j'ai toujours eu le sentiment que cela ressemblait à un camp d'été. Parce que lorsqu'une équipe se réunit, cela ressemble à votre propre groupe de pirates, protégeant votre trésor. Cela prend les commandes de votre vie. Ma mère et mon père rentraient à la maison tellement tard. Je me levais à une heure du matin et je sortais en courant et ils avaient des éléments de décor dans leurs sacs et toutes ces histoires dingues à propos de leur journée et ils avaient même une odeur différente'. Elle fronce son nez en humant l'air. 'Ils sentaient comme le monde. Comme s'ils avaient parcouru le monde'.

Au milieu de son adolescence, elle avait déjà amassé un spectacle décent. Elle est apparue dans le rôle de la fille diabétique de Jodie Foster dans Panic Room de David Fincher, elle a joué la victime tragique dans Speak et elle a apporté une touche émouvante dans Into The Wild de Sean Penn. Mais ce fut son rôle mélancolique qui pleure son amour perdu de Bella Swan dans Twilight qui a propulsé dans une carrière stratosphérique. La franchise a généré un bénéfice de 3,3 milliards de dollars. Le magazine Forbes a estimé ses revenus de 2012 à 34 millions de dollars. Une fois que Twilight a explosé, il n'y a plus eu de retour en arrière.

'Je suis curieuse de savoir qui je serais si j'étais allée à l'université', dit-elle. 'Parce que j'ai travaillé plutôt ardemment au lycée. Et parfois, j'ai le sentiment d'être énervée par ma propre infériorité. Parce qu'il y a des choses que je ne connais pas. Mais, il y a toujours des choses que vous ne connaissez pas'. Elle fait une grimace, hausse ses épaules. 'Et je lis encore beaucoup. Mon auteur préféré est John Steinbeck. A L'Est d'Eden est ma bible. J'adore Kerouac. Bukowski. Au lycée, j'ai adoré L’Étranger'. Elle fait tourner ses méninges pour trouver d'autres noms.

Je lui demande si être anonyme lui manque et elle admet que c'est le cas ; tellement que cela n'est même pas amusant. 'Parce que je suis une telle personne publique. Je suis tellement intéressée par eux que c'est vraiment ennuyant qu'ils soient tellement intéressés par moi. Parce que je ne peux pas regarder quelqu'un sans qu'ils ne me remarquent. Je veux pouvoir m'asseoir dans une pièce et regarder les gens. Et c'est difficile pour moi. C'est une perspective unique, à coup sûr'.

New York n'est pas si mal ; elle peut parfois passer inaperçu. Cannes est le pire dit-elle. Elle fait des signes en direction de la rue, là où les voitures du festival peuvent à peine de déplacer à cause des touristes et des photographes. 'Je veux dire, si nous nous promenions dehors maintenant, je serais en danger physique'.

Je suggère que nous fassions le test. Que diriez-vous de sortir pour une ballade ? Stewart reste bouche bée comme si j'avais perdu la tête. 'Y pas moyen, mon pote', dit-elle catégoriquement. 'Il n'y a foutrement aucun moyen'.

Le problème, je suggère, c'est que nous avons le sentiment que nous la connaissons déjà, que nous avons une légitime revendication sur ses secrets les plus intimes. Imaginez alors qu'elle essaie de garder sa vie privée privée, les détails se répandent partout. Elle doit se livrer à une lutte pour retrouver le contrôle du drame. Lorsque son histoire avec son partenaire de Twilight, Robert Pattinson, par exemple, Stewart a répondu en publiant des excuses publiques. Plus récemment, ses relations avec la chanteuse française Soko et la spécialistes des effets spéciaux Alicia Cargile ont présenté un nouveau dilemme. Sans crier gare, sa sexualité a été traitée comme une déclaration politique. Elle s'est retrouvée qualifiée comme l'actrice lesbienne la plus prestigieuse d'Hollywood, une tête d'affiche féminine imposée pour la communauté LGBT.

'Eh bien, ouais', dit-elle. 'Et cela n'a été que positif. Je veux dire, c'est difficile d'en parler. Je ne veux pas paraître présomptueuse, car chacun a sa propre expérience. Tout le problème de la sexualité est tellement gris. J'essaie simplement de reconnaître cette fluidité, cette grisaille, qui a toujours existé. Mais peut être que maintenant, nous sommes autorisés à commencer à en parler'.

Est-ce que cela fait d'elle une pionnière – une rare tête d'affiche d'Hollywood qui a franchi le parapet – ou la culture a-t-elle changé ? 'Oh je pense que les choses sont en train de changer. Je veux dire, je ne pense pas que j'aurais abordé ma vie différemment si cela n'était pas le cas. Mais qui sait ? Individuellement, nous faisons tous partie de ce changement et je peux donc prendre une partie du crédit pour cela, je suppose – il n'y a aucune raison qui devrait m'en empêcher. Mais tous les préjudices ; c'est certain'. Elle reconsidère. 'Je veux dire, ouais, c'est vraiment toujours là. Les gens ont encore quelques foutues horribles expériences. Mais c'est cool que vous n'ayez plus rien du tout à dissimuler. Toute la certitude de savoir si vous êtes drôle ou gay ou que ce soit'. Elle fait apparaître un sourire rapide et se penche pour prendre son eau. 'Vous n'êtes pas perdu si vous êtes bisexuel. Cela n'est pas du tout désorientant. Pour moi, c'est tout le contraire'.

Ses tâches avec la presse sont terminées ; le Festival du Film de Cannes se termine. Stewart retourne dans le monde ; un travail incroyable, embarrassant en cours. Elle tourne un court métrage, Come Swim, qui est projeté en avant première à Sundance. Elle joue un rôle secondaire dans Billy Lynn's Long Halftime Walk d'Ang Lee ; elle joue une avocate dans Certain Women de Kelly Reichardt. La presse rapporte qu'elle a une nouvelle petite amie, la mannequin Stella Maxwell. Les photographes les ont shootées durant une sorte shopping à New York.

Le monde, pour sa part, continue à tourner. Donald Trump est élu président ; les Etats oscillent du bleu vers le rouge. Stewart, installée en tant qu'hôte du Saturday Night Live, se souvient en plaisantant des tweets de Trump postés en 2012, demandant à Robert Pattinson de la quitter. Elle dit que si Trump ne l'aimait pas à l'époque, alors il ne va pas l'aimer aujourd'hui. 'Parce que je suis tellement gay, mon pote'.

Durant une nuit, fin février, je lui parle de nouveau, au téléphone. Il y a tellement de choses à rattraper, je ne sais par où commencer. Elle dit que Sundance était génial et que l'émission du Saturday Night Live était une folie. Elle ne savait pas quoi dire, mais ensuite elle s'est rappelée des tweets de Trump. Ils étaient bizarres à cette époque ; aujourd'hui, ils sont surréalistes. 'Donc, c'est probablement, la chose la plus fascinante et la plus étrange qui ne me soit jamais arrivée, dit-elle. 'Se faire interpeller personnellement par le futur président. C'est comme si j'étais devenue un morceau de l'histoire'.

Le monde a donné le sentiment d'être brillant, plus fluide lorsque nous avions discuté à Cannes. Depuis, les enjeux sont plus élevés. L'agenda libéral risque d'être retourné. Stewart estime que, le cas échéant, l'élection a été un réveil. Elle l'a forcée à choisir ses projets plus attentivement, à évaluer leur valeur sociale. Elle mentionne qu'elle récemment participé à un album visant à récolter des fonds pour Planned Parenthood. 'Et évidemment, tout ça est à cause de la personne que je ne nommerai même pas. Parce que la vérité, c'est qu'il est terrifiant. Il n'est pas drôle du tout'.

La ligne téléphonique grésille ; notre temps est presque arrivé à son terme. Elle dit, 'S'il y a une ligne conductrice dans tout cela, c'est que je sais que l'art, la musique et le cinéma vont expérimenter un boum, directement en réaction à ce qui s'est passé dans ce pays. Peut être que nous le voyons déjà ; nous l'avons probablement déjà vu'. Stewart lâche un petit rire. 'Ecoutez-moi', dit-elle. 'Recherchez toujours la ligne conductrice'


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