jeudi 5 septembre 2019

Seberg : Benedict Andrews mentionne Kristen & le développement du projet dans ses notes de production

Le réalisateur Benedict Andrews a dévoilé ses notes de productions pour Seberg avec Kristen dans le rôle phare de l'actrice américaine Jean Seberg. Il développe l'histoire dans deux synopsis et explique longuement les raisons qui l'ont amené à choisir ce projet et Kristen, sa vision de l'histoire et le tournage. 


 Traduction faite par le staff de KStew France. Merci de nous créditer avec LIEN si vous la reprenez ailleurs

Synopsis court

Seberg est inspiré par des événements réels concernant Jean Seberg, star d'A Bout De Souffle et chouchoute de la nouvelle vague française, qui, à la fin des années 60, était la cible du FBI de Hoover, à cause de son engagement politique et romantique avec le défenseur des droits civiques Hakim Jamal.


Synopsis long

Dans son second long métrage, le célèbre metteur en scène de théâtre australien Benedict Andrews propose un thriller noir au cœur d'Hollywood à la fin des années 60, riche en thèmes modernes et en intrigues politiques. Il associe des faits et des événements historiques en une sorte de récit spéculatif basé sur des événements réels dans la vie de l'actrice Jean Seberg, lorsque son implication dans le mouvement Black Power la laisse vulnérable à une campagne de diffamation organisée par le FBI de Hoover.

Lorsque Seberg commence, Jean (Stewart) est déjà une actrice bien connue et une icône de style, mais la célébrité n'a pas réussi à satisfaire son côté inquiet et curieux. Partisane de longue date du mouvement des droits civiques, Jean est immédiatement attirée par Hakim Jamal (Mackie), activiste charismatique du mouvement Black Power et leur relation passe rapidement du politique au romantique. Cet enchevêtrement et le soutien financier de Jean à divers groupes de défense des droits civils font d'elle une cible de COINTELPRO, une opération de surveillance secrète du FBI visant à perturber les organisations politique.

Récemment recruté par le FBI, Jack Solomon (O'Connell), un spécialiste de la surveillance doublé d'une expertise en son, rejoint le bureau régional de L.A et est associé à un agent plus expérimenté, Carl Kowalski (Vaughn). Ils réalisent des écoutes téléphoniques au domicile d'Hakim et Jean pour documenter l'affaire du couple et exposer ses contributions financières au mouvement. Jack devient son ombre, surveillant 24 heures sur 24, et il est attiré par la présence lumineuse de Jean, mettant à l'épreuve sa loyauté envers sa jeune femme (Qualley).

Réalisant que des agents la suivent, enregistrant ses téléphones et ouvrant son courrier, Jean devient de plus en plus instable. Lorsqu'elle tombe enceinte alors qu'elle tourne un film au Mexique, le FBI saisit cette occasion pour l'écraser et discréditer le mouvement en semant une désinformation scandaleuse qui déchire la famille de Jean et crée un fossé entre elle et ses passions. Horrifiée par ce résultat et honteux de cette complicité, Jack se lance dans une mission salvatrice et de rédemption qui le met brièvement en contact direct avec Jean. Pour lui, c'est à la fois une confrontation de son obsession et un tournant moral. Pour elle, c'est une confirmation qu'elle a été victime d'un système corrompu et un miroir du rôle qu'elle a joué dans son propre dénouement.


Déclaration du réalisateur

'Une caméra vous emprisonne – pas une réflexion déformée dans un miroir, mais une reproduction critique pure à la loupe' – Jean Seberg

J'ai découvert Jean Seberg pour la première fois lorsque mon professeur de français au collège a projeté A Bout De Souffle de Godard dans notre classe. J'ai été ébloui. Elle a redéfini ce que la présence et la vérité signifiaient à l'écran. Ce n'est que plus tard que j'apprendrai les faits de sa courte et extraordinaire vie et la façon dont elle a été brûlée par la guerre secrète du FBI contre les droits civils en Amérique. Comme le personnage de Jeanne d'Arc, qu'elle a joué dans le film d'Otto Preminger, Jean a traversé le feu. Après avoir survécu à un accident et une perte, elle a transformé la volatilité en grâce durement acquise. Son histoire est toujours urgente, pleine de résonance avec notre propre temps complexe.

C'est maintenant le moment idéal pour raconter l'histoire de l'opération illégale COINTELPRO menée par le FBI contre Jean, l'activiste Hakim Jamel et le Black Power Movement. Dans ce récit, nous rencontrons, sous forme germinale, la militarisation de la surveillance par l'Etat à des fins politiques. Cinquante ans plus tard, l'histoire de Jean reflète directement notre réalité actuelle : le racisme stupéfiant de la politique américaine, le défi de séparer la vérité des mensonges à l'ère des fausses nouvelles et une culture se surveillance de masse.

Je ne souhaitais pas du tout faire un biopic conventionnel sur la vie de Jean, pas plus que je ne voulais faire un paean nostalgique des années 60. Je voulais me rapprocher de Jean et de ce qui lui était arrivé entre 1968 et 1971. Seberg associe les faits et les documents du FBI dans une sorte d'histoire spéculative qui explore l'expérience subjective de Jean. Alors que son engagement politique offre un aperçu de la lutte pour les droits civiques de l'Amérique de la fin des années 60, Dorothy, l'épouse d'Hakim, souligne que Jean est simplement 'une touriste' dans ce monde. Son activisme est compliqué par des notions de privilège blanc et par ses relations extraconjugales avec des militants noirs. Ses contributions réelles étaient relativement modestes – des dons et des collectes de fonds pour la plupart – et faites en privé. Contrairement à certains de ses pairs, Jean n'a pas prêché ses convictions et a rarement fait la une des journaux pour son activisme. Mais elle cherchait à faire la différence, osant sortir du cadre défini par son industrie et sa culture, et, pour cela, elle était punie sans pitié et injustement. Jean n'a pas été la plus grande victime de la campagne COINTELPRO menée par le FBI et détruite par l'appareil de surveillance de l'Etat.

En réalisant Seberg, j'étais profondément conscient des parallèles entre le cinéma et les mécanismes de surveillance. L'équipement (caméras, microphones, écrans, etc) est bien entendu similaire, tout comme l'observation des minuties de la vie. Le cinéma, comme la surveillance, nous invite à proximité. Nous devenons des voyeurs, scrutant des espaces normalement cachés et examinant tous les détails privés, y compris le camp des personnes qu'ils ne peuvent pas toujours voir. Dans le cas de Jean, cet examen est doublé puisque nous regardons une actrice, une personne qui vit déjà sa vie en public, sous le regard de la caméra.

Dans ma carrière de réalisateur, j'ai eu le privilège de travailler avec des acteurs extraordinaires. J'ai observé de près comment ils exposent leur vie aux auditoires. Leur travail consiste à exploiter la matière première du soi pour créer la vérité sur scène ou à l'écran. Je suis fasciné par le courage et la vulnérabilité nécessaires pour exister à la frontière fragile entre le rôle et la vie. Leur vie privée de Jean, exposée au public à l'écran et violée sans scrupule par le FBI, constitue le champ de bataille du film.

Le scénario fondamental de Joe Shrapnel et du scénario d'Anna Waterhouse est de suivre Jean en parallèle avec l'agent de fiction du FBI, Jack Solomon. Le frisson et le pouls du cinéma sont l'entrelacement de leurs vies. Tout au long du film, les deux personnages marchent côte à côte, inconscients mais sensibles l'un à l'autre. Alors que leurs destins se rencontrent, Jack devient notre notre substitut, regardant Jean basculer de très près. Son parcours consiste à examiner notre propre voyeurisme, notre propre soif cinématographique à mettre à nu des personnages. Il explore la vie privée de Jean et la ligne de démarcation entre surveillance, voyeurisme et obsession.

Dans Seberg, j'avais pour objectif de combiner le couple et la portée épique d'un thriller de conspiration avec l'intimité brute d'une histoire d'amour. Pour le langage visuel de la surveillance, je me suis inspiré de grands films des années 70, dont le chef d'oeuvre de Coppola, The Conversation, et la trilogie de paranoïa d'Alan Pakula, Klute, Parallax View et All The President's Men. Ces films sont sortis à une époque, comme la nôtre, de crise politique et de bouleversement.

Je voulais filmer l'histoire de Jean avec une beauté luxueuse et romantique qui correspondait à son charme et à son enchantement. Cela est évoqué par la caméra rôdante de Rachel Morrison, les chambres élégantes de Jahmin Assa, les vêtements exquis de Michael Wilkinson et le raffinement du montage de Pamela Martin. Nous avons résisté à tous les clichés d'époque, préférant décrire les différents espaces que Jean et le FBI traversent avec une beauté lumineuse et hantée. La solitude spéciale du grand roman de Joan Didion en 1970, Play As It Lays, était une pierre de touche, de même que le portait brutal de Gena Rowland représentant une actrice qui se fondait dans Opening Night de Cassavetes.


Je ne voulais pas d'une actrice qui imiterait simplement Jean. Les parallèles entre la vie de Jean et celle de Kristen sont saisissants. Les deux ont été projetées dans les yeux du public à un jeune âge et ont tous deux réussi à survivre à l'attention intense des médias. Chacune prend des risques, possède une altérité lumineuse à l'écran et est devenue une icône de style. Comme Jean, Kristen a délivré des performances formidables dans le cinéma français, défiant les critiques chez elle. Plus important encore, les deux sont des actrices brutes et instinctives. Ni l'une ni l'autre ne se cache derrière un masque – elles ne sont tout simplement pas capables de le simuler. Elles nous demandent de venir les recontrer et de les rencontrer selon leurs propres conditions.

Seberg est de l'amour pour Jean …

Benedict Andrews, Reykjavik, août 2019



Source: @Gossipgyal

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