mercredi 4 septembre 2019

Seberg : Interview de Kristen avec Deadline

A l'occasion de la promotion de Seberg réalisé par Benedict Andrews lors de Festival du Film de Venise 2019, Kristen évoque le film, l'histoire, son personnage et la société dans laquelle nous vivons dans une interview avec Deadline.



Traduction faite par le staff de KStew France. Merci de nous créditer avec LIEN si vous la reprenez ailleurs

Kristen Stewart à propos de Seberg : 'Un groupe de mecs au pouvoir ne sera jamais cool en vous empêchant' – Session questions/réponses Venise

Demain, Kristen Stewart participera au Festival du Film de Venise pour l'avant première mondiale de Seberg, un thriller politique inspiré d'événements réels et un film qui représente l'un des choix les plus audacieux que Bella Swan ait pris depuis qu'elle a éclaté aux yeux du grand public dans la Saga Twilight.

Stewart a démontré une sensibilité artistique, allant même jusqu'à devenir la première actrice américaine à remporter un César, l'équivalent français de l'Oscar, dans de nombreux films tout en ne craignant pas les grandes productions des studios non plus, avec Charlie's Angels qui sortira en novembre.

Elle est passionnée par son travail, l'égalité des sexes et le récit de 'confrontations'. Stewart est également consciente de la portée et de l'influence qu'elle a en tant que célébrité, en particulier celle qui a fait ses débuts dans une franchise mondiale. 'Tout ce que je fais, chaque conversation que j'ai, ma façon de voter, les projets qui me dirigent de manière créative … Il me serait impossible d'aller me coucher sans être vraiment claire, ouverte et honnête en ces temps', me dit-elle.

Seberg (qui portait auparavant le titre Against All Enemies est dirigé par Benedict Andrews) joue sur ce point. Le film est centré sur Jean Seberg, la leader aux cheveux courts d'A Bout De Souffle, une actrice américaine qui a passé la moitié de sa vie en France. À la fin des années 60, elle a été prise pour cible par le programme de surveillance illégal du FBI, intitulé COINTELPRO. À cause de son engagement politique et romantique avec le militant des droits civiques Hakim Jamal (interprété par Anthony Mackie dans le film), elle a également été la cible des tentatives du FBI pour perturber, discréditer et dénoncer le mouvement Black Power. Seberg est décédée à l'âge de 40 ans dans ce qui était considéré comme un probable suicide. C'était il y a 40 ans demain [vendredi 30 août].

À propos de la résonance du film aujourd'hui, Stewart déclare. 'Je veux dire, c'est l'Amérique et un groupe de mecs au pouvoir ne sera jamais cool en vous empêchant'.

Ressemblant physiquement à Seberg dans la présentation des Studios Amazon, Stewart a plus en commun avec l'actrice qu'une excellente coupe de cheveux.

Journaliste : Dans certains des choix d'actrice que vous avez fait ces dernières années, il semble y avoir plus de sensibilité européenne que lorsque vous avez commencé. Était-ce un choix délibéré d'aller dans cette direction ?
Kristen Stewart : Eh bien, j'ai commencé à jouer très jeune et je n'ai jamaus eu de travail commercial [rires]. En tant qu'enfant, les premières choses auxquelles vous auditionnez sont des jobs publicitaires, des jobs télévisés ou des rôles pour des films pour enfants, qui ont évidemment tendance à etre un peu moins complexes. Sérieusement, j'ai été refusée à chaque audition pour un rôle de 'petite fille mignonne' à laquelle je suis allée.
À ce moment-là, je n'avais aucun moyen de prendre conscience de ma trajectoire ultime. Mais c'est tout à fait logique. J'ai toujours été une gamine en quelque sorte très sérieuse et réfléchie. Je n'avais définitivement pas peur de raconter des histoires contradictoires et j'étais beaucoup plus intéressée par ça.

Journaliste : Vous avez travaillé avec Jodie Foster au début de votre carrière. Quelle a été l'influence de cette rencontre par la suite ?
Kristen Stewart : Je pense que j'ai grandi avec cette admiration par défaut à cause d'elle, car j'ai toujours eu le sentiment d'avoir une relation de parenté avec elle. Je l'ai souvent utilisée comme exemple de quelque chose à rechercher, donc ce détail était toujours très attrayant.
Vous savez, il y a simplement quelque chose de classiquement plus existentiel et réaliste en termes de ce que l'on ressent vraiment à vivre une vie et avoir un cerveau et vivre parmi des gens qui pourraient avoir des idées différentes plutôt que de raconter ces histoires compactes et parfaites. J'ai toujours été attirée par ça.
Mais (travailler avec Foster) était comme une coïncidence qui m'a heureusement amené dans certains endroits corrects. J'ai définitivement en quelque sorte agrandi le monde avant même de le savoir.

Journaliste : Lorsque je suis arrivé en France il y a 26 ans, j'ai travaillé pour l'International Herald Tribune et cette célèbre photo de Jean Seberg tirée d'A Bout De Souffle était une source de fierté pour nous. Mais j'ai été surprise de constater à quel point je connaissais peu sa vie et les événements révélés par ce film. Qu'avez-vous appris d'elle ?
Kristen Stewart : Je ne la connaissais vraiment qu'en tant que la fille du Herald Tribune également. Je n'avais rien vu d'autres qu'A Bout De Souffle. Je connaissais le moment dégueulasse (à la fin de ce film). Je l'ai toujours trouvée iconiquement cool. Je pensais qu'il était radical que cette actrice ait été intégrée à cette culture qui m'intéresse aussi énormément, mais je ne suis jamais vraiment allée plus loin. J'ai lu le scénario et j'ai vraiment été choquée, je n'avais aucune idée de l'histoire au sujet de sa fin tragique. La complexité de sa vie m'intéressait, mais je ne la connaissais auparavant qu'en tant qu'image.

Journaliste : En plus d'être une actrice américaine qui a eu du succès en France, y a t-il d'autres aspects de Jean avec lesquels vous vous identifiez ?
Kristen Stewart : Je pense que Jean était vraiment déterminée à ne pas raconter les histoires les plus commerciales, c'était pourquoi elle était attirée par les personnes qui l'intéressaient de manière créative. C'est la raison pour laquelle elle a été attirée par les causes dans lesquelles elle était également – elles n'étaient pas assimilables dans le pays dans lequel elle vivait, c'était quelque chose que les gens ne voulaient pas entendre à la fois de manière créative et politique. Je pense donc qu'il est tout à fait logique qu'elle ait trouvé un accueil plus chaleureux en France.

Journaliste : Jean était aussi une femme très forte, mais qui a eu une fin tragique. Comment se comporterait-elle à Hollywood aujourd'hui ?
Kristen Stewart : Nous vivons à une époque si polarisée, je pense, qu'heureusement il y en a moins – je veux dire, je ne peux pas le justifier, car certaines personnes fonctionnent pour préserver leur carrière et ne reflètent pas nécessairement ce qu'elles ressentent en tant qu'être humain dans un sens compatissant ou dans un sens politique – mais je pense que les gens ont moins peur d'une certaine manière parce que c'est tellement pertinent en ce moment. Ce n'était pas le cas à l'époque. Nous venions de sortir des années 50 ; il y avait plus une mentalité conformiste à l'emporte pièce, surtout aux Etats Unis et surtout pour quelqu'un qui veut maintenir son succès.
Mais je pense que maintenant, je ne sais pas, Jean aurait probablement plus d'équipes pour justifier ces idées. Je pense que le climat politique ne laisse pas beaucoup de place à un juste milieu, alors je veux dire qu'elle ferait mieux.
J'aimerais penser qu'il n'y aurait pas de conglomérat oppressif capable de détruire sa vie. Mais en même temps, c'est le monde dans lequel nous vivons. Je oense que cela dépendra de ce avec quoi elle se mêle.
Avec un optimisme prudent, je voudrais dire que ce serait mieux. Mais en même temps, la raison en serait vraiment choquante en ce moment, car je pense que nous avons tous l'impression qu'il y aura probabelement quelqu'un sur le dos, prêt à nous abattre si nous disons la mauvaise chose.

Journaliste : Il existe en effet des parallèles avec aujourd'hui. Une sorte de rencontre avec le nouveau patron, identique à l'ancien patron ?
Kristen Stewart : Je pense que cette énergie oppressive est si ironiquement le fondement de notre politique actuellement. Je veux dire, ce qui se passait alors se passe maintenant et cela va continuer à se produire. Je veux dire, c'est l'Amérique et un groupe de mecs au pouvoir ne sera jamais cool en vous empêchant – je ne pense pas qu'ils se soucient vraiment de savoir à qui ils s'adressent pour le maintenir.

Journaliste : Dans quelle mesure pensez-vous qu'il est important aujourd'hui, et dans une position semblable à celle que vous occupez, de prendre position, de parler et d'utiliser cette célébrité pour faire passer un message ?
Kristen Stewart : Je me sens assez forte. Tout ce que je fais, chaque conversation que j'ai fait, ma façon de voter, les projets qui me plaisent de manière créative – je pense que je porte mes sentiments, ma position et ma politique. Je pense que certaines personnes sont vraiment enclines à se tenir debout sur des emballages en carton et je pense qu'elles le devraient, et d'autres sont plus enclines à le faire tranquillement, mais avec intention et d'utiliser votre pouvoir de différentes manières. Mais oui, je pense qu'il est absolument essentiel que vous vous représentiez, connaissant votre influence et la portée que vous avez. Je pense qu'il serait impossible d'aller me coucher sans être vraiment claire, ouverte et honnête en ces temps.

Journaliste : Je pense que le public voulait en Jean 'la fille au tee shirt'. En tant que personne qui était si étroitement associée à un rôle au début de votre carrière, avez-vous le sentilent que vous avez perdu ce lien ? En voudriez-vous ?
Kristen Stewart : Je ne pense pas que ça aille n'importe où. Je pense que chaque pas que j'ai franchi jusqu'à maintenant me permet de dire que j'ai de la chance que certaines empreintes de pas soient effacées, je suis fière de cela. Je suis cool avec ça.
Je pense que toute la question de Twilight est assez enracinée, ce qui est drôle et un peu fou pour moi d'y penser maintenant parce que cela fait très longtemps. Je m'en souviens comme si c'était hier et que c'était en même temps une autre vie. C'est donc amusant que ce soit constamment le fondement de mon identité culturelle. Mais dans un contexte littéral, je ne pourrais pas en être plus éloignée. Mais je suis pour ça. C'est tellement trippant. Je suis tellement fière d'en faire partie, j'aime l'équipe. Je le regarde vraiment avec affection et attachement et stupidement, un peu comme un album de lycéen, en me disant, 'Oh mon dieu ! Wow !'.

Journaliste : Vous avez été membre du jury à Cannes en 2018, année charnière dans la lutte pour la parité hommes-femmes. Comment était-ce ?
Kristen Stewart : Ce fut une si bonne année pour moi d'être là. Je suis allée au festival plusieurs fois avec des films et, oh mec, je ne sais pas, ça déterre des sentiments que je respecte tellement et que tout le monde n'a pas, à justre titre, parce que ce serait étrange – le monde est beaucoup que de simples films.
Mais être là cette année là est devenu quelque chose de vraiment indéniable, très animé et très actif en tant que femme, je suis très chanceuse d'avoir été là dans cette énergie.
Cate (Blanchett) était la présidente du jury, et honnêtement, je pense que si nous devions représenter la Terre et envoyer l'un des nôtres à une race extraterrestre et leur dire, 'Salut, c'est nous', je pense que ce serait Cate. Donc j'étais tellement et complètement active constamment, je suis rentrée chez moi tellement inspirée et chamboulée. Mon interrupteur était simplement claqué, donc c'était merveilleux.

Journaliste : Venise est en train de chauffer par le manque de réalisatrices en compétition. Souhaitez-vous siéger dans le jury ici ?
Kristen Stewart : Evidemment, je suis une ardente défenseuse pour le fait d'avoir plus de femmes et de faire des films qui sont acceptés … Je suppose que s'ils me demandaient de faire partie du jury à Venise, ce serait un pas dans la bonne direction.

Parfois, si vous agissez de manière égoïste, vos intentions et votre politiqu sont en quelque sorte à la traîne, alors, de façon aussi égoïste, je voudrais le faire parce que j'ai tout à apprendre de cette expérience – et je pense que cela fait une déclaration vraiment solide.  


Source: Deadline

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