dimanche 19 janvier 2020

Seberg : Interview de Benedict Andrews avec Electric Ghost Magazine

A l'occasion de la press junket de Seberg,  le réalisateur Benedict Andrews mentionne Kristen et parle du film, du personnage de Jean Seberg, du tournage, du développement du projet, du contexte politique de l'époque et de son admiration et de son choix de caster Kristen dans une interview avec Electric Ghost Magazine.



Traduction faite par le staff de KStew France. Merci de nous créditer avec LIEN si vous la reprenez ailleurs

Seberg : Conversation avec Benedict Andrews

'Il a fallu un certain temps pour attraper Kristen, mais une fois que nous l'avons eu, on se disait, 'Putain de merde, comment cela aurait-il pu être quelqu'un d'autre !?'

Le maestro du théâtre australien Benedict Andrews a fait sa transition vers le cinéma avec ses débuts en tant que réalisateur de Una (2016), une pièce de caractère brut avec un accent intensif sur ses acteurs Rooney Mara, Ben Mendelson et Riz Ahmed, excluant presque tout le reste. Avec son successeur, Seberg, il explose vers l'extérieur, explorant de nouveaux trucs, de nouveaux mondes et toute une palette de couleurs et de textures passionnantes.

Le film concerne l'actrice légendaire Jean Seberg au sommet de sa gloire dans les années 60, alors qu'elle s'implique (politiquement et romantiquement) dans le mouvement des droits civiques Black Panther. Autant un thriller d'espionnage avec un jeu du chat et de la souris qu'un biopic, Seberg suit non seulement Jean – réalisé par une Kristen Stewart toujours captivante et dynamique – mais les agents du FBI dont la surveillance invasive de l'actrice l'a poussé à la paranoïa et à la manie alors que les murs autour de sa vie privée s'écroulaient.

Electric Ghost Magazine a recontré Andrews lors du 63ème Festival du Film de London BFI pour discuter de la rencontre entre le théâtre et le cinéma, le tirage durable de l'histoire de Jean Seberg et ce qu'il faut pour réaliser une légende américaine du cinéma avec l'aide d'une autre.


Journaliste : Nous parlons lors du Festival du Film de London BFI, où Seberg vient d'avoir son avant première au Royaume Uno. Quelle est votre relation avec la ville et le festival ?
Benedict Andrews : Londres est une deuxième maison pour moi. Film4 a financé mon premier long métrage Una et à cette époque, je vivais à Smithfield Market. J'ai aussi travaillé au Young Vic [Andrews a travaillé sur des productions de Cat On A Hat Tin Roof et A Streetcar Named Desire pour la théâtre de Waterloo]. Nous vivons Una au Festival BFI en 2016 et j'ai découvert qu'il y avait une réelle densité dans le festival, similaire à Melbourne dans mon pays d'origine. C'est une coupe très intelligente de films que vous devez tracer. C'est une sorte d'injection dans la vie culturelle complexe de la ville et sa culture cinématographique forte et critique, ouvrant une porte sur ce qui existe. Il reconnaît la diversité du cinéma d'aujourd'hui et l'alimente.

Journaliste : Una a été votre premier long métrage après des années de mise en scène. Pouvez-vous me parler du saut d'un médium à l'autre ?
Benedict Andrews : Avec Una, j'ai adapté la pièce Blackbird de David Harrower, donc j'avais encore un pied dans le théâtre. Il s'agit d'une étude complexe des abus sexuels, mais également d'une relation nihiliste. Il s'agit de deux personnes coincées l'une avec l'autre, se déplaçant à travers une série d'espaces et découpant le reste du monde dans leur petite bulle. Notre grammaire de tournage était très rigide, la caméra ne sortait jamais des champs. Cela nous a permis de nous concentrer sur les performances et le dialogue d'une manière très similaire au théâtre.

Journaliste : Vous avez parlé de votre grammaire de réalisateur. Sur Seberg, vous semblez certainement avoir ajouté à votre vocabulaire – il y a une sensation cinématographique beaucoup plus explicite. Qu'est-ce qui a changé d'un film au suivant ?
Benedict Andrews : J'ai travaillé avec Rachel Morrison [directrice de la photographie – Mudbound, Black Panther] pour Seberg et elle est une merveilleuse capteuse d'images caméra à la main avec cette façon de travailler qui est sensible et intuitive. Il y a encore beaucoup de plans fixes, mais nous avons eu ces moments où je voulais laisser la caméra sortir du champ, pour ainsi dire, et se déplacer davantage à travers le monde. C'est une histoire de mondes qui se chevauchent et nous voulions utiliser la caméra pour transmettre ce sentiment de traversé de chaque côté du mur. Je commence maintenant à vouloir m'orienter de plus en plus vers cette façon d'entrer dans les mondes, donc je pense que c'est la direction que je continuerai à développer dans mon prochain film.

Journaliste : L'histoire de Jean Seberg est complexe et bien connue des amateurs de cinéma. Qu'est-ce qui vous a attiré vers le matériel ?
Benedict Andrews : J'ai fait du théâtre partout dans le monde – en Australie, à Berlin, à Londres – et c'est un espace tellement privilégié pour approfondir la condition humaine où j'ai travaillé avec de nombreux acteurs très talentueux. J'ai développé mes muscles là-bas et, avec Seberg, je me suis intéressé à ces questions de voyeurisme et à l'opportunité d'étudier la vulnérabilité et la bravoure des acteurs – la façon dont ils montrent leurs cicatrices au monde. Ce film reflète cela et dépeint le traumatisme de voir votre espace privé sous les projecteurs et, que ce soit Jack [O'Connell] en tant qu'agent secret jouant au super héros ou l'activisme dont Jean fait partie. Cela fait partie de ma philosophie de base [qui dit que] tout le monde est une scène.

Journaliste : Donc, vous êtes familier avec le théâtre et les processus et les traumatismes qui vont avec, mais connaissiez-vous l'histoire de Jean avant de vous lancer dans le projet ?
Benedict Andrews : Je ne connaissais pas vraiment Jean, j'en savais beaucoup plus sur les Black Panthers. Le film ne parle pas entièrement d'eux, mais il examine sa relation avec Hakim Jamal [activiste du [mouvement] des Black Panther, joué par Anthony Mackie]. Après avoir tourné Una, j'ai été présenté à l'équipe d'Automatik – cette maison de production indépendante passionnante réalisant des films intéressants comme Teen Spirit (2018) et Destroyer (2018) – et ils m'ont envoyé une pîle de choses. Je voulais faire partie de cette centrale électrique en faisant des choix créatifs courageux et le scénario de Seberg a été le premier à vraiment m'attraper. C'était tellement de choses – pas seulement une lumière sur cette période de l'histoire, mais elle avait également le pouls d'un thriller et a plongé profondément dans sa vie d'actrice, ce qui m'a vraiment parlé.

Journaliste : Parlons de Kristen Stewart. Comment en êtes-vous venu à lui confier ce rôle ? Comment avez-vous trouvé le fait de travailler avec l'une des artistes les plus demandées d'aujourd'hui ?
Benedict Andrews : Il a fallu un certain temps pour atterrir sur Kristen, mais une fois que nous l'avons fait, on s'est dit, 'Putain de merde, comment cela aurait-il pu être quelqu'un d'autre ?'. Après avoir parcouru le monde avec elle dans des festivals pour promouvoir le film, je constate de plus en plus qu'il n'y a pas d'autre version de ce film avec une autre actrice. C'est simplement une de ces rares choses ; sa symbiose avec le rôle et l'endroit où elle rencontre Jean au milieu ne peut venir que de la compréhension qu'elle a de ce genre de vie. C'est une icône de style contemporain qui est incapable de faire semblant et je pense qu'elle et Jean sont les mêmes à cet égard. À partir du moment où je l'ai rencontrée dans un restaurant de LA, il n'y a pas eu de petites discussions pendant quatre heures.

Journaliste : La version de Jean que vous décrivez à l'écran n'est bien sûr pas une copie conforme de l'actrice elle-même. Cela ressemble plus à une interprétation de la part de Kristen. Alors, comment avez-vous conçu le personnage 'Jean' et sa relation avec la vraie Seberg ?
Benedict Andrews : Nous avons décidé rapidement que nous étions pas intéressés par le fait de faire une impression de Jean, alors nous avons beaucoup travaillé ensemble sur le scénario pour changer les choses et j'ai nourri Kristen avec énormément de choses à lire également, mais elle a trouvé beaucoup de choses elle-même au-delà du matériel évident. Beaucoup d'amants de Jean ont écrit sur elle ces œuvres romancées qui ont donné cette grande impression métaphysique de ce que les autres pensaient d'elle. Il n'y a que deux moments dans le film où nous avons recréé des choses exactement basées sur des images d'archives, l'un d'eux étant un clip que nous avons recréé à partir de Jeanne d'Arc (1957), mais sinon c'est entièrement interprétatif. La performance devait être vivante, pas robotique, pour vraiment capturer Jean. Si vous écoutez des vieilles archives d'elle, elle parle avec cet accent médio-atlantique affecté que nous n'avons pas utilisé, mais parfois il faut se plier à la vérité pour vraiment la découvrir.

Journaliste : Chez Electric Ghost Magazine, nous parlons du cinéma comme guide de vie. Que faut-il retenir de votre film et de la vie de la vraie Jean Seberg ?
Benedict Andrews : Je ne me souviens pas de la citation exacte, mais il y a une interview quelque part où elle dit quelque chose comme, 'Entre une carrière et l'aventure de la vie, je choisis l'aventure de la vie'. Il y avait simplement quelque chose dans la façon dont Jean était câblée où elle était incroyablement ouverte et défendait ce en quoi elle croyait, ce qui, je pense, est très précieux. En termes de notre film, nous représentons une femme qui traverse un incendie et en sort radicalement transformée. Elle et le personnage de Jack sont des gens qui veulent trouver la vérité durement gagnée et changer le fait de le faire. Notre monde marche au bord du gouffre et je pense que, plus que jamais, la grâce de la vérité est une chose très urgente.



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