dimanche 26 janvier 2020

Seberg : Interview de Kristen & Benedict Andrews avec The Age

A l'occasion de la press junket de Seberg, Kristen et le réalisateur Benedict Andrews parlent du film, du personnage de Jean Seberg, des parallèles avec la vie et la carrière de Kristen, du tournage ou encore du contexte politique de l'époque dans une interview avec The Age.



Traduction faite par le staff de KStew France. Merci de nous créditer avec LIEN si vous la reprenez ailleurs

Le réalisateur australien ne pouvait pas imaginer faire Seberg sans Kristen Stewart

La plupart des gens se souviennent de Jean Seberg comme étant la gamine des années 60 avec une coupe de cheveux audacieusement courte vendant le Herald Tribune dans A Bout De Souffle, le film révolutionnaire de Jean Luc Godard de 1960 sur l'affaire d'un gangster avec un touriste américain naïf. C'est à peu près tout ce que Kristen Stewart connaissait d'elle, admet-elle, avant de recevoir le scénario de Seberg. C'est alors qu'elle a appris que Seberg était une militante – plus particulièrement un partisan des Blanck Panthers – qui a été poursuivie, persécutée et sa carrière démolie dans des opérations secrètes par le FBI.

'En comprenant quelle était son histoire réelle, j'ai été déconcerté le fait qu'elle n'était pas plus connue', dit Stewart. 'Mais, je ne pense pas que ma vie d'elle soit réductrice, car je n'ai pas été surprise par la façon dont elle a mené sa vie. Vous pouvez dire que lorsqu'elle est dans les filles, ses yeux sont ouverts. Ce n'est pas une actrice performative : elle est instinctive et très présente'. Le film commence en 1968, avec l'actrice partant pour Los Angeles pour auditionner pour Paint Your Wagon. Paris, où Seberg vivait avec son deuxième marie Romain Gary, avait éclaté avec une révolution. Aux Etats Unis, le mouvement des droits civiques était de plus en plus miliant. Bien sûr, quelqu'un comme Seberg, imprégné de l'esprit du temps, a mis ses couleurs politiques au pilori.

Benedict Andrews, le réalisateur australien, dit qu'il a pensé à Stewart pour le rôle dès qu'il a lu le scénario de Joe Shrapnel et Anna Waterhouse. 'À partir de ce moment, je ne pouvais pas imaginer faire le film sans elle'. Il y avait des parallèles dans leurs biographies – les deux avaient des rôles principaux alors qu'elles étaient encore adolescentes, les deux ont été diffamées aux Etats Unis et ont trouvé une nouvelle liberté dans le cinéma européen – qui étaient intéressants sans être cruciaux. 'Jean avait une sorte d'ouverture radicale, une sorte de qualité lumineuse et je ne voulais pas que quelqu'un essaie de se faire passer pour ça', explique Andrews. L'emprunt d'identité peut fonctionner dans un biopic, dit-il, mais il ne courait pas après ça. 'Je recherchais une sorte de vérité brute. Je pense que Jean possédait cela et Kristen possédait cela ; de différentes manières, elles ont une essence que vous ne pouvez pas cerner'. Il voulait que Stewart incarne Seberg tout en restant elle-même. 'C'est ce que je pense que les grands acteurs de cinéma font. Ce sont ces deux choses ou c'est simplement une usurpation d'identité. Et elle fait les deux. Elle est Jean et Kristen simultanément'.

Le fait que Seberg ait une liaison avec un leader du Black Power, appelé ici Hakim Jamal (Anthony Mackie), était particulièrement incendiaire. Des agents du FBI ont jalonné sa maison, mis son lit et et son téléphone sur écoute, ont appelé à toute heure du jour et de la nuit. La relation centrale dans Seberg, cependant, est entre Seberg et son poursuivant invisible Jack (Jack O'Connell), une recrue d'agence récente qui est chargée de la surveiller et qui devient obsédée par elle. Elle sait qu'il est là, mais personne ne la croit ; elle est poussée au point de paranoïa autant par cet éclairage que par la surveillance elle-même.

Andrews, dont la carrière magistrale s'est principalement faite dans le théâtre, dit que cette double perspective est quelque chose que seul le cinéma peut offrir. 'Je ne peux pas faire ça au théâtre. Et j'aime la façon dont cela fonctionne sur le plan émotionnel, cette connexion parallèle entre elles deux. C'est uniquement cinématographique'. Dans un sens, dit-il, tout le film parle de la relation entre la caméra et son sujet. 'Jack filme Jean avec une caméra ; nous filmons Kristen avec un caméra. Les techniques de surveillance sont les mêmes que celles du cinéma. Nous les voyons utilisé pour créer de belles images iconographiques comme elle en tant que Jean et nous les voyons également utilisé comme un dispositif de mensonge'.

Le film a eu des critiques mitigées, à Cannes et depuis son ouverture en Europe – la 'montre accrocheuse et absorbante' selon The Telegraph est le 'gâchis du début à la fin' selon Indiewire – mais les critiques ont été unaniment impressionnées par la performance engagée de Stewart. Jean/Kristen en tant que Seberg est nerveuse, vulnérable, intelligente, bien intentionnée et impulsive ; comme une critique l'a dit, elle joue avec le feu, y compris les flammes qu'elle fabrique elle-même. 'Je pense qu'elle avait une sorte de faim vorace d'expérience, mais je pense plus qu'elle était au cœur de son action humanitaire', explique Stewart. 'Il y a eu des interviews avec des gens qui ont grandi avec elle dans le Nebraska où ils se souviennent qu'elle a constamment combattu pour l'opprimé. Je pense donc que son activisme a commencé très, très tôt'.

La question de savoir si les acteurs doivent devenir des affiches pour des causes politiques reste une question épineuse, débattue le plus vigoureusement à l'époque des Ocars lorsque les stars ont leurs deux minutes [de discours] sur la scène. Certains croient qu'avec la gloire vient la responsabilité de s'exprimer ; d'autres pensent que les acteurs devraient simplement s'en tenir à jouer la comédie. Stewart ne pense pas que les acteurs soient obligés de défendre une cause. 'Dès que vous commencez à vous sentir imposé, si vous avez le sentiment que les gens vous retirent des choses, c'est artificiel. Personne n'a droit à votre opinion'. Ces jours-ci, elle est à l'aise [avec le fait] de rester silencieuse si elle n'a rien de spécifique à dire. 'J'ai l'impression que ma position est très claire. Je pense que ce serait vraiment choquant d'entendre que j'étais un républicain convaincu. Ce serait comme un super choc'.


Les gens peuvent également choisir d'être des artistes, dit-elle. 'Vous n'avez pas besoin d'être quelqu'un qui représente vos idées. Il y a une évasion qui est magnifique et vous pouvez en faire partie, c'est certain'. D'un autre côté, dit-elle, quiconque s'identifie comme artiste est intrinsèquement politique. 'Il n'y a aucun moyen pour votre art de ne pas refléter votre façon de voir le monde dans lequel vous vivez. Les gens qui sont compulsivement artistiques portent leur politique naturellement. Sans même savoir qu'ils font des déclarations, ils le font par inadvertance. Si vous ne vivez pas dans la peur de l'échec de votre carrière et que vous êtes prêt à vous engager dans le monde qui vous entoure, c'est politique en soi'.


Source: TheAge

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