lundi 3 février 2020

Seberg : Interview de Benedict Andrews avec The Australian

A l'occasion de la press junket de Seberg, le réalisateur Benedict Andrews mentionne Kristen et parle de leur collaboration et de son son admiration pour l'actrice mais aussi du film, des personnages, du tournage, de la directrice de la photographie Rachel Morrison ou encore du contexte politique de l'époque dans un interview avec The Australian.



Traduction faite par le staff de KStew France. Merci de nous créditer avec LIEN si vous la reprenez ailleurs

Vérité et mensonges et Seberg

Le dernier film de Benedict Andrews, Seberg, examine la vie et l'activisme politique de l'actrice américaine, interprétée par Kristen Stewart.

Pour Benedict Andrews, Kristen Stewart a certaines qualités distinctives en tant qu'actrice : 'En tant qu'interprète, elle travaille dans un endroit assez brut. Elle va se lancer dans les prises et elle va se redresser souvent si elle a le sentiment qu'elle est désaccordée. Elle va cesser une prise, râler et jurer comme un marin. Elle a un baromètre de vérité incroyable'.

Lorqu'il l'a rencontrée pour la première fois dans un restaurant de Los Angeles pour discuter du scénario de son nouveau film, Seberg, elle était en mode affaires : 'Il n'y a pas eu de petites discussions. Nous avons directement plongé dans le déballage du scénario, en parlant du [personnage], et dans cette première session, c'était comme si nous avions déjà retroussé nos manches et commencé à travailler ensemble et nous n'avons jamais regardé en arrière'.

Andrews, un réalisateur australien basé en Islande qui a une longue histoire dans le théâtre et l'opéra, se tourne de plus en plus vers le cinéma.

À première vue, Seberg, son second long métrage, est un biopic un portrait de l'actrice américaine dont on se souviendra à jamais de son rôle de 1960 dans A Bout De Souffle de Jean Luc Godard : cheveux courts blond, tee shirt du New York Herald Tribune et un acte de trahison insouciant.

Le portrait d'Andrews de Jean Seberg, tiré d'un scénario de Joe Shrapnel et Anna Waterhouse, explore certains des hauts et des bas de sa carrière et de sa vie privée à Hollywood et en Europe, mais il se focalise sur l'actrice à un moment particulier.

Dans les années 60, une Seberg politiquement consciente a commencé à donner de l'argent à des causes en faveur des droits civiques, notamment en soutenant les Black Panthers. Elle a attiré l'attention du FBI, qui l'a mise sous surveillance et a utilisé des contacts avec des médias pour diffuser des histoires à son sujet qui visaient à détruire sa réputation.

Cette tension, explique Andrews, forme le centre de Seberg : 'La tragédie de voir une vie lumineuse être endommagée et détruite par le harcèlement du FBI et la vérité de sa vie transformée en mensonge'.

Le film est en quelque sorte un double portrait : il s'agit d'une exploration de la figure de l'agent fictif du FBI Jack Salomon (Jack O'Connell), un jeune agent zélé qui se lance initialement dans la tâche d'observation secrète avec une conviction totale.

Pour faire ressortir la nature obsessionnelle et voyeuriste de ce processus, Andrews a réalisé un film qui le voyait 'entrelacer l'histoire de l'observateur et de l'observé'.

Il reconnaît rapidement qu'un film sur le cinéma accentue également certains des thèmes du film : 'La surveillance a été un grand sujet dans mon travail théâtral et je pense que l'intérêt pour le voyeurisme vient avec le travail. Après tout, au théâtre et au cinéma, je passe mon temps à regarder les gens révéler les aspects les plus privés de leur vie et leurs êtres, puis j'invite d'autres personnes, le public, à venir et faire de même'.

C'est une activité à laquelle Jack, l'agent du FBI, participe également, 'en utilisant les mêmes machines que le cinéma, les caméras et les microphones, pour examiner les moindres détails de la vie de quelqu'un. J'étais très intéressée par ces parallèles entre le cinéma et la surveillance et l'idée de vérité dans les deux'.

'Jean essaie de trouver la vérité en tant qu'actrice', dit-il, 'pour exploiter ses souvenirs, rêtes et émotions les plus intimes et toutes les choses qui sont également cachées. Elle doit les révéler pour son travail. Et elle essaie aussi de trouver une authenticité dans ses convictions et sa vie amoureuse'.

Cette partie de son monde comprenait une relation avec [le membre] des Black Panthers, Hakim Jamal (Anthony Mackie).

'Jack pense qu'il cherche la vérité', déclare Andrews. 'Il croit au début du film dans le rêve américain et il croit en son rôle d'agent, qu'il mène le bon combat. Puis, il se rend compte qu'il est impliqué dans sa corruption et dans la militarisation de la vérité pour détruire les ennemis politiques'.

Pourtant, l'acte de surveillance, ajoute Andrews, la collecte des détails les plus fins de la vie d'une autre personne, permet également à Jack d'avoir un aperçu de cette vie et un lien émotionnel avec elle, en particulier lorsqu'il est le témoin d'une Seberg en chute libre. En même temps, faire un film sur un sujet cinématographique a ses risques.

'Il y a un réel danger lorsque les acteurs jouent des acteurs', explique Andrews. 'Vous pouvez vous retrouver avec un masque. Certes, Jean n'est pas aussi célèbre qu'un James Dean ou une Marilyn Monroe, mais même ainsi, un acteur peut se sentir accablé ou hanté', représentant quelqu'un avec un héritage cinématographique.

Seberg embrasse les nombreux visages de Jean, recréant des scènes de ses films, la montrant lors de photoshoots de mode, de conférences de presse, d'interviews et de plateaux de tournage, ainsi que dans ses moments les plus privés, solitaires et fragiles – et en tant que femme sous observation.

Andrews n'a jamais pensé que Stewart était vraiment en danger de tomber dans ce piège. 'Elle se souciait vraiment beaucoup de Jean et de son histoire', dit-il. 'Mais elle n'est jamais devenue protectrice et elle ne jouait jamais une idée, elle essayait toujours de trouver la personne de l'intérieur'.

'C'était important pour moi et c'était quelque chose que j'avais envie de faire à cause de ce genre de volatilité qu'elle a en tant qu'actrice'.

Lors de la production de Seberg, explique Andrews, les événements du film ont des résonances contemportaines inquiétantes. Les outils analogiques souvent maladroits de la surveillance des années 60 ont été transformés en objets familiers, omniprésents et quotidiens qui nous accompagnent partout et nous enregistrent à notre insu ou sans notre consentement.

'Il y a cette culture de masse de la surveillance et le film met en garde contre les dangers et les abus de cela', dit-il.

En même temps, Seberg a une élégance, même s'il est fait avec ce qu'Andrews décrit comme 'un budget indépendant décousu, bien en dessous de [celui pour] un film d'époque tourné sur pellicule à LA devrait l'être'.

Il attribue une grande partie de cela à la directrice de la photographie Rachel Morrison et au créateur de costumes Michael Wilkinson, qui ont travaillé aux côtés du concepteur de production Jahmin Assa.

Né en Australie, Wilkinson, qui a été nominé pour un Oscar pour American Hustle, a une liste éclectique de films de super héros, de l'imagination et de films indépendants à son nom et a déjà travaillé avec Stewart sur l'un des films Twilight.

Pour Seberg, Andrews dit que le défi du créateur était d'invoquer les mondes distinctifs d'Hollywood, du FBI et des Black Panthers, et 'je pense que son travail est tout simplement stupéfiant'.

Et Morrison, dit-il, était particulièrement impressionnante dans sa façon d'aborder le travail de la caméra portable dans la seconde moitié du film, lors de scènes qui traduisent la vulnérabilité et le désespoir de Seberg.

'Elle est intelligente', dit-il. 'Très sensible et elle avait une excellente équipe qui travaillait avec elle. Nous étions tous les deux très heureux de tourner sur pellicule et nous voulions tourner un film avec une sensibilité très contemportaine en termes de narration tout en se penchant en même temps sur ces thrillers de paranoïa des années 70. Nous nous sommes inspirés de ceux-ci, nous avons utilisé des objectifs similaires à ceux utilisés par Gordon Willis (sur des films tels que The Parallax View et Klute), mais nous n'avons jamais voulu faire un film nostalgique'.

Il est néanmoins plutôt satisfait d'un aspect de Seberg qui pourrait presque être qualifié de nostalgie.

En recherchant le mouvement Black Panther, il a trouvé un court métrage documentaire de 1968 de la cinéaste française Agnès Varda comme une ressource inestimable. Il avait pensé qu'une partie des images des Black Panthers pourrait faire partie de Seberg, mais les droits s'avéraient trop compliqués à acquérir.

Au lieu de cela, il a trouvé un autre film tourné un des jours où Varda tournait un événement des Black Panthers. Donc, au lieu des images venant d'elle, il y a un aperçu fugace de Varda. 'Je suis extrêmement fier qu'elle soit dans le film', dit-il.


Source: TheAustralian

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